A Saïda, le cheikh salafiste al Assir se bat contre l’armée

De dimanche à lundi soir, des combats ont opposé l’armée libanaise et les partisans du cheikh al Assir dans cette ville au sud de Beyrouth. La guerre en Syrie s’étend chaque jour un peu plus et les tensions confessionnelles s’exacerbent entre chiites et sunnites.

Les partisans du cheikh salafiste Ahmad al Assir ont attaqué un poste de contrôle « sans raison » dimanche en début d’après-midi, d’après l’armée libanaise. Une autre source sécuritaire a déclaré que les heurts avaient commencé après que des partisans du cheikh ont été arrêtés à un barrage.

16 soldats de l’armée ont été tués (à cette heure), et une centaine de personnes ont été blessées. D’après des sources sécuritaires, une vingtaine de partisans d’Assir auraient été tués, mais le bilan pourrait être plus élevé. L’armée a repris le contrôle de la mosquée Bilal Ben Rabah, qui sert de quartier général au cheikh.

Les combats, menés avec kalachnikovs et roquettes, ont lieu à Abra, une banlieue de Saïda où se trouve la mosquée. Des routes ont été bloquées par des hommes en armes, dont l’autoroute côtière qui relie la capitale. Les habitants de Abra ont fui à pied ou en voiture, brandissant des drapeaux blancs pour ne pas se faire tirer dessus.

Lundi après-midi, l’armée est entrée dans la mosquée et a essuyé les tirs de snipers postés sur les immeubles alentours. Ahmad al Assir a affirmé qu’il se battrait « jusqu’à la dernière goutte de sang » et a appelé son camp à se mobiliser dans une vidéo postée sur Youtube : le leader salafiste accuse l’armée d’être à la solde de l’Iran et du Hezbollah et a enjoint les soldats sunnites à déserter.

Le cheikh al Assir s’est fait connaître au début de la révolution en Syrie en 2011. Il a organisé des sit-in réguliers à Saïda pour exiger le démantèlement de l’arsenal du Hezbollah, parti chiite allié de Bashar el Assad et de l’Iran. Les partisans du cheikh ont combattu des membres du Hezbollah à plusieurs reprises : le dernier affrontement remonte au 18 juin.

Le cheikh a joué gros dans cet affrontement, explique Romain Caillet, chercheur à l’IFPO : « maintenant qu’il est parvenu à s’échapper, son organisation va rentrer dans la clandestinité et donc probablement se radicaliser et se rapprocher de groupes libanais et syriens plus radicaux ».

Les combats, une conséquence directe de la guerre en Syrie 

Les tensions s’exacerbent au Liban, suite à l’intervention du Hezbollah en Syrie aux côtés de Bashar el Assad à Qoussair : « il est évident que si le Hezbollah n’était pas allé en Syrie, on n’en serait pas là », précise Romain Caillet. Au Liban, les sunnites soutiennent les rebelles syriens et le cheikh Assir a appelé ses partisans au « jihad » il y a quelques semaines. Après Tripoli, Saïda est touché par les divisions communautaires.

De nombreux incidents sécuritaires ont éclaté dans le pays depuis le début de la guerre. A Tripoli, des combats réguliers ont lieu entre deux quartiers défavorisés : d’un côté les alaouites de Jabal Mohsen favorables à Assad, de l’autre les sunnites de Bab el Tabbeneh qui soutiennent la révolution.

« Les sunnites veulent aussi prendre leur revanche suite aux événements de mai 2008 », ajoute le chercheur. En mai 2008, le Hezbollah avait encerclé pendant plusieurs jours les quartiers ouest de Beyrouth, à majorité sunnite. L’armée n’était pas intervenue, ce qui a nourri un ressentiment parmi les sunnites.

L’absence de leadership sunnite a aussi contribué à la montée de groupes salafistes. En janvier 2011, le gouvernement de Saad Hariri est renversé – Saad Hariri est le fils de l’ancien premier ministre Rafiq Hariri assassiné le 14 février 2005 dans un attentat. Il quitte le Liban, invoquant des raisons sécuritaires. Depuis, de nombreux sympathisants du Courant du Futur, le parti des Hariri, se sont tournés vers des groupes plus radicaux : « Il n’y a pas que dans les banlieues sunnites de Beyrouth que les drapeaux noirs salafistes ont remplacé les drapeaux bleus du Courant du Futur de Hariri, mais aussi dans le quartier populaire de Tariq al Jadidé, près de la banlieue du Hezbollah », explique Romain Caillet. Ce revirement s’explique aussi par une rancœur envers le Hezbollah : les discours virulents de cheikhs radicaux à l’encontre d’Assad et du Hezbollah ont rencontré un écho certain parmi la communauté sunnite : « Mais de là à ce qu’un sympathisant devienne un combattant, il y a un pas ».

Ces combats interviennent alors que les institutions du pays sont bloquées : le nouveau gouvernement de Tamman Salam n’est toujours pas formé, et le mandat du Parlement qui expirait en juin a été prolongé jusqu’à novembre 2014, une première depuis la guerre civile.

Et sur une note plus lolesque, la soeur du cheikh al Assir nous apprend qu’en fait que ce dernier aime la nature, faire du tourisme au Liban, jouer avec les enfants et vivre en paix avec tout le monde. Mouais

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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About margaux bergey

journaliste
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2 Responses to A Saïda, le cheikh salafiste al Assir se bat contre l’armée

  1. Pingback: « Islam contre Islam » : quand Spécial Investigation aurait mieux fait d’investiguer | Libanaiseries

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