Deux hommes politiques libanais se bagarrent lors d’un talk-show

Cette vidéo m’a valu un bon fou rire hier soir: invités de la chaîne MTV, Moustapha Allouche, membre de la coalition du 14 Mars, et Fayez Chokr, leader du parti Baas au Liban, débattaient sur la situation en Syrie lors de l’émission “Bi Mawdouiyeh”, quand la discussion a tout naturellement dégénérée. Ah les bonnes surprises du direct!

M. Allouche a alors traité Bashar el Assad de “menteur”, ce que n’a pas digéré son interlocuteur pro-syrien: “C’est toi et ton maître (Hariri) qui sont les menteurs”, a répliqué M. Chokr.

Mais plutôt que de continuer de se traiter de tous les noms d’oiseaux, les deux politiciens ont préféré se jeter des verres d’eau à la figure, devant les yeux effarés du présentateur. Mr Chokr saisi alors une chaise, qu’il essaye de jeter à la figure de son adversaire. Le journaliste s’interpose, le direct est interrompu pour reprendre 15 minutes après, comme si de rien était.

Voici la vidéo complète du talk-show, l’altercation a lieu vers la 41ème minute.

Au delà de l’anecdote, ce débat houleux souligne la profonde division de la classe politique libanaise sur la situation en Syrie. Le Liban s’est opposé à la décision de la Ligue Arabe: l’organisation panarabe a suspendu l’adhésion de la Syrie et a menacé de sanctions le régime de Damas si le plan de sortie de crise n’était pas appliqué. Le 14 Mars – qui compose actuellement l’opposition – s’est élevé contre cette décision: Saad Hariri a notamment critiqué le gouvernement via son compte Twitter, avançant que cette décision était “honteuse” et que “ce gouvernement ne représente pas la volonté des Libanais”.

Le premier ministre Nagib Mikati essaye tant bien que mal de justifier cette décision: d’après L’Orient Le Jour, il s’est lancé dans une opération séduction des chancelleries arabes et occidentales. Principal argument: ne prendre aucune mesure contre la Syrie permet de préserver la “stabilité et la sécurité” du Liban. Il s’est notamment expliqué sur son compte Twitter.

Le Liban et la Syrie sont deux pays très liés par l’histoire, la culture, la langue… etc. Par exemple, beaucoup de familles libanaises ont des origines syriennes. En outre, la Syrie a occupé le Liban pendant 29 ans (avant de retirer ses troupes en 2005, après l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri): beaucoup de Libanais ont encore en mémoire l’occupation syrienne et craignent un retour en force de Damas au Liban. C’est entre autre pour cela que peu de Libanais étaient présents aux manifestations contre la répression en Syrie, organisées à plusieurs reprises dans le quartier de Hamra – pas très loin de l’ambassade syrienne.

De plus, le gouvernement emmené par la coalition du Hezbollah est composé d’éléments pro-syriens. Nagib Mikati doit donc composer entre ses affinités communautaire et régionale – il est sunnite originaire de Tripoli: or les sunnites de Tripoli manifestent régulièrement contre le régime de Bashar el-Assad – et sa place de président du Conseil des ministres d’un gouvernement 8 Mars soutenu par Damas. Le premier ministre marche sur une corde raide et tente peut-être de préserver tant bien que mal une unité nationale mise à mal par les événements en Syrie. Après, on peut se demander si rester à la botte du voisin pourra préserver le Liban des soubresauts de la crise.

update: L’Orient Le Jour et son objectivité légendaire revient sur le débat et fait un rappel des précédentes altercations entre politiciens libanais

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