Rooftop bars, “joie de vivre”, et traumatismes à dépasser

Future Cities, sur CNN, a récemment diffusé ce reportage sur les rooftops bars qui ont fait la réputation de Beyrouth ces dernières années. Regardez la vidéo, elle vaut le détour.

Ces quelques minutes sur les endroits considérés comme les plus hypes de la capitale libanaise ont fait réagir Nasri Attalah sur son blog Our man in Beirut.

Beyrouth est connue pour sa vie nocturne, et elle a bien mérité sa réputation. J’ai passé l’été à écumer soirées, bars, boîtes, beach parties et autres festivités du genre, et fatalement, j’ai traîné mes talons aiguilles au Skybar, la crème de la crème en terme de rooftops. J’ai aussi testé le Beiroof, nettement moins bien by the way.

Oui, j’ai apprécié mes soirées au Skybar. Il faut dire qu’en bonne pintade beyrouthine qui se respecte, il est beaucoup plus facile de se faire inviter quand on est une nana. Vous pouvez me signaler au passage que j’ai fait ma poule de luxe vénale, ce genre de remarque me laissera de marbre. Je me suis bien amusée au Skybar – la bande de copains et l’alcool y ont été pour beaucoup, comme dans toute bonne soirée digne de ce nom.

Revenons donc à la réaction de Nasri Attalah. Il explique de manière très juste que définir le futur d’une ville sur les trois ou quatre endroits les plus chers, fréquentés par des ados attardés qui n’ont pas vécu la guerre civile mais vivent avec le traumatisme de leurs parents, et ramener un pays riche d’une histoire millénaire à un phénomène certes connu mais marginal n’est pas forcément la meilleure description que l’on peut donner du pays du Cèdre. Il continue en précisant que les touristes qui viennent au Liban ne sont pas là que pour s’enquiller des litres de vodka face à la mer, mais veulent aussi visiter les ruines de Baalbeck, les souks de Tripoli, les montagnes du Chouf ou encore Bourj Hammoud, le quartier arménien de Beyrouth.

Plus intéressant, Nasri Attalah s’insurge contre cette mentalité libanaise qui consiste à vivre au jour le jour en pensant que tout peut être détruit le lendemain, et appeler cela “joie de vivre”.

Certes, il existe une vraie joie de vivre dans ce pays: on mange bien, le vin est bon, les repas s’éternisent, il y a moults endroits où dîner, faire la fête, prendre l’apéro, partir pique-niquer le week-end, aller à la plage… etc. Le Liban offre une qualité de vie incomparable, et les Libanais savent apprécier la vie. Tout en gardant en tête que pour profiter de cette qualité de vie, il faut en avoir les moyens.

D’un autre côté, le no tomorrow peut devenir agaçant. C’est sympathique de se rincer la tête un soir sur deux, parce que demain, who knows, le pays peut être à feu et à sang (et encore, malgré quelques incidents sécuritaires, malgré la situation en Syrie, le Liban est actuellement relativement calme), mais ça ne fait pas avancer le schmilblick.

Dans le pays du “jour le jour”, personne ne pense à long terme; impossible de réfléchir à un projet sur plusieurs mois – ce qui peut être perturbant pour l’expatrié habitué à planifier sa vie sur les vingt prochaines années . Et cela se ressent au niveau politique: les décisions politiques importantes portant sur des projets de long terme ne semblent pas être la priorité des politiques libanais. Résultat, nous sommes en 2011, et nous n’avons pas d’électricité 24h/24, les transports publics sont quasiment inexistants, le développement urbain est anarchique, le réseau de distribution de l’eau dans un état lamentable, et Internet persiste à rester lent (malgré le décret publié en août: dans certains quartiers de Beyrouth, la vitesse a en effet augmenté à la date prévue. Pas chez moi.), inconvénient majeur pour un pays qui aspire à devenir la Silicon Valley du Moyen-Orient – et qui a le potentiel humain pour.

Mais rien à faire, les membres du gouvernement préfèrent s’écharper pour savoir s’il faut ou non payer le Tribunal Spécial pour le Liban – Tribunal que le Liban s’est engagé à financer à 49%.

Le long terme est donc un concept inexistant au Liban, même parmi la jeune génération née après la guerre civile. Si cette soif, cette volonté de vivre malgré les drames, malgré les déchirements et les bombes qui pleuvent force l’admiration, il faudra aussi un jour songer à penser au lendemain. Car “joie de vivre” ne signifie pas “pour vivre heureux, oublions tout et ne pensons à rien”.

Et arrêter de croire que les touristes ne viennent à Beyrouth que pour le Skybar.

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