Lecture nocturne: J’ai tué Schéhérazade , par Joumana Haddad

Chose qui ne m’était pas arrivée depuis longtemps, j’ai lu, que dis-je, dévoré d’une traite l’essai de Joumana Haddad entre 1h et 3h du matin. Je pensais ne lire qu’une vingtaine de minutes avant de m’écrouler de sommeil, mais impossible de lâcher J’ai tué Schéhérazade: confessions d’une femme arabe en colère. 

Poète, écrivain et journaliste – elle est responsable des pages culturelles du quotidien arabophone An Nahar, et fondatrice du magazine Jasad (“Corps” en arabe) -, Joumana Haddad s’insurge contre la vision de la “Femme Arabe”, soumise aux hommes, enfermée en elle-même. Elle s’insurge contre la vision qu’on les Occidentaux, persuadés que toutes les femmes arabes sont voilées, illétrées, et mariées de force à 15 ans. Mais elle s’insurge aussi contre les Arabes, et les femmes arabes, qui continuent à répandre tous les clichés sexistes et à entretenir les préjugés entre les deux sexes.

Son récit mêle témoignages personnels, moments poétiques et réflexions plus générales. Elle raconte comment la découverte du Marquis de Sade et ses lectures l’ont libérées, et lui ont appris à vivre en femme arabe libre. Libre des préjugés, libre dans ses choix, libre de s’affirmer sa féminité sans développer une haine du mâle, libre d’écrire de la poésie érotique, dans une période où le conservatisme domine dans le monde arabe.

Non, le monde arabe n’est pas un amas de Bédouins juchés sur leurs chameaux, accompagnés de danseuses du ventre. Non, le désert n’a pas influencé son écriture car il n’y a pas de désert au Liban. Joumana Haddad démonte ces clichés pour nous montrer, à nous Occidentaux et Arabes, que les femmes arabes libres existent et sont bien présentes, plus nombreuse que nous voudrions le croire et le voir.

Cette affirmation passe alors par un meurtre salutaire: tuer Schéhérazade, obligée de quémander au pouvoir masculin sa liberté, ses droits et le respect qui lui est dû. Tuer cette négociatrice qui entretient l’infériorité des femmes, alors que ces droits fondamentaux  – “Le droit de vivre. De choisir. D’être libre. D’être soi même. Le droit à tout”- devraient être des acquis indiscutables.

Tuer Schéhérazade qui a entretenu ce mythe destructeur: une femme doit avant tout satisfaire un homme pour réussir dans la vie. Tuer Schéhérazade pour mieux nous libérer, nous femmes arabes comme occidentales.

(Vous l’aurez compris, lisez vite ce petit ouvrage lumineux et libérateur: J’ai tué Schéhérazade: confessions d’une femme arabe en colère, édition Sindbad-Acte Sud, septembre 2010)

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