Un Liban dit « non » aux armes du Hezbollah

Le million de personnes n’a pas été atteint, mais des dizaines de milliers de Libanais ont afflué dimanche matin place des Martyrs: le 14 Mars a montré qu’il était encore présent. Par cars entiers, ils sont venus de tous le pays pour manifester leur soutien à Saad Hariri, commémorer les six ans de la « Révolution du Cèdre » et protester contre l’arsenal du Hezbollah – d’où les embouteillages monstres sur les routes ce matin. Après trois jours de tempête, le soleil cognait sur Beyrouth.

Nasreen, jeune femme de 25 ans, est venue avec son mari et sa fille du nord du pays car elle « aime le Liban » et veut « la liberté ». A côté d’elle, Ahmed, vieil homme édenté, est arrivé spécialement de Riyad. Sa voix porte, son ton, véhément ; il déclare soutenir Saad Hariri, dont le gouvernement est tombé le 12 janvier dernier. Quand on lui demande s’il approuve la nomination de Najib Mikati, la réponse est sans appel : « Non ! » s’exclame-t-il.

La plupart des gens présents sont sunnites : pour eux, Najib Mikati ne représente pas leur communauté car il le voit comme le candidat du Hezbollah. « La façon dont il a été nommé est faussée », explique Joëlle Sahar, venue avec sa famille de la banlieue sud de Beyrouth : « Sans Hariri, il n’aurait jamais été élu député : c’est un traître ! ». Les Sahar sont venus pour dire « non aux armes iraniennes et oui à la paix au Liban. Les seules armes doivent être celles de l’armée libanaise ! ». La volonté de voir un Liban « unifié, avec un peuple sous un même drapeau » est un discours récurrent chez les manifestants.

“Non à la dictature des armes”

Entre deux chants patriotiques, les chauffeurs de salle sont particulièrement efficaces : la foule scande « Le peuple ne veut pas d’armes ! ». Parmi la foule, c’est au groupe qui donnera le plus du voix quand le nom de son patelin est appelé. Entre les drapeaux nationaux et des différents partis du 14 mars – Courant du Futur de Hariri, Forces Libanaises et Kataeb entre autre- on pouvait lire sur les pancartes « Non à la dictature des armes », « Non à l’oppression » ou encore « Non aux assassinats ». Et au Liban, on manifeste assis : des milliers de chaises ont été installés pour le confort de tous, ne manquait plus que la distribution de sandwiches de chez Paul… La place Tahrir semble si lointaine…

A partir de midi, les leaders politiques se succèdent à la tribune installée au pied de la statue de la place des Martyrs. « Nous n’accepterons pas que notre destin reste dans les mains des autres », insiste Samir Geagea, leader des Forces Libanaises. « Cette seconde révolution du cèdre ne faiblira pas tant qu’existera un Etat dans l’Etat » ajoute-t-il, sous les acclamations de la foule. « Aujourd’hui, nous rappelons notre engagement envers les martyrs, aujourd’hui, nous rappelons les propos de Gebrane Tuéni sur l’unité entre chrétiens et musulmans », a déclaré le ministre du Travail sortant, Boutros Harb, qui a appelé à la coopération entre les deux camps. Le leader des Kataëb, Amin Gemayel est aussi monté à la tribune pour rappeler que « La justice doit être rendue : il n’y aura pas de réconciliation avant que la justice ne triomphe, il n’y aura pas de dialogue avant le dépôt des armes ».

Puis, sur la façade du Virgin, derrière la tribune, un gigantesque portrait du roi Abdallah d’Arabie Saoudite est déployé juste avant que Saad Hariri ne prenne la parole. Pas un mot dans la presse, même si cette mise en scène en dit long sur le 14 Mars… Parmi la mer de drapeaux libanais, on a pu aussi distinguer quelques drapeaux saoudiens. Notons qu’après, ce sont les mêmes qui se plaignent de la présence de drapeaux iraniens dans les meetings du 8 Mars et qui disent non à l’influence de l’Iran… C’est l’hôpital…

Le fiston Hariri monte à la tribune, ovationné par une foule en liesse. Il enlève sa veste, relève ses manches, et commence son discours en bras de chemise. A la cool. «Nous militons en faveur d’un pays où seule l’armée détient les armes aptes à nous défendre contre Israël. Nous n’abandonnerons pas notre liberté et le droit de savoir qui a tué tous les martyrs de l’Indépendance», a-t-il martelé sous l’œil bienveillant et paternel de Sa Majesté.

A la fin du discours, des supporters sont montés sur la statue, pendant que la place des Martyrs se vidait –la sortie de Beyrouth en voiture a dû être sympathique.

Par ailleurs, ce rassemblement était loin de réclamer un bouleversement dans le pays. Il y a deux semaines, quelques milliers de personnes ont défilé pour réclamer l’abolition du système confessionnel. Dimanche 13 mars, ils étaient supérieurs en nombre pour manifester leur soutien à ce système.

(Pour finir, je vous conseille ce compte-rendu de la manif sur Chroniques Beyrouthines, savoureux à souhait)

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