Denis Pietton: “Les diplomates font leur boulot”

A l’occasion d’une conférence organisée par le département d’histoire de l’Université Saint-Joseph vendredi 25 février, l’ambassadeur de France a répondu aux questions d’un panel d’étudiants libanais sur les positions de la France au Liban et au Moyen-Orient, ainsi que sur le métier de diplomate.

La position de la France au Liban suscite le plus l’intérêt des étudiants. Denis Pietton leur a répondu durant plus d’une heure, avec toutes les précautions diplomatiques que le métier impose (sans trop abuser de la langue de bois).

Il a tenu à rappeler que la France « parle avec l’ensemble des communautés ». « Je m’attache à avoir des relations avec tout le monde y compris avec le Hezbollah, contrairement à d’autres », ajoute-t-il. L’USJ est une université francophone, la majorité des élèves appartiennent aux confessions chrétiennes. Préciser que le Hezbollah est un parti qui est élu au Parlement et qui comporte des ministres dans le gouvernement rappelle que la politique libanaise se fonde sur la représentativité de toutes les communautés, et qu’il est hors de question pour la France de ne pas dialoguer avec les représentants des chiites, composante importante de la société libanaise. Denis Pietton tient aussi à souligner l’importance des liens historiques avec la communauté maronite car « toute nation qui se respecte doit revendiquer son passé (…) le facteur chrétien compte » dans les relations entre les deux pays.

Le tribunal spécial pour le Liban, qui enquête sur la mort de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri le 14 février 2005, est au cœur de l’actualité libanaise depuis plusieurs mois. Les étudiants n’ont pas manqué de l’interroger à ce sujet. L’ambassadeur a rappelé que la France soutenait le TSL : « La lutte contre l’impunité est importante, malgré les critiques ». « A un moment, il faut arrêter  de se prévaloir de turpitudes anciennes  pour en justifier de nouvelles », a-t-il ajouté, soulignant que le Liban devait dépasser ses antagonismes pour aller de l’avant : « Il est illusoire d’acheter la stabilité aujourd’hui pour espérer une stabilité à long terme ».

A la question de savoir si le rapprochement avec la Syrie opéré par Nicolas Sarkozy s’était faite au détriment des relations avec le pays du Cèdre, Denis Pietton répond par la négative. «La Syrie est un acteur important au Proche-Orient, que cela plaise ou non : on ne peut pas faire l’économie de l’ignorer. Il faut désormais regarder le bilan de cette reprise des relations : il y a des aspects positifs et d’autres qu’il faut regarder de plus près ».

La France a-t-elle encore une politique arabe ?

Quant au sujet sensible actuel, à savoir la politique de la France dans le monde arabe – et la (non) politique étrangère actuelle -, l’ambassadeur a quelque peu éludé les questions. Dommage, car la matière mérite que l’on s’y attarde, et l’on aurait aimé en savoir plus. Mais l’ambassadeur est un fonctionnaire, et reste soumis au devoir de réserve. Il a défendu l’Union Pour La Méditerranée, « une idée visionnaire, nécessaire encore plus aujourd’hui » selon lui. L’UPM peine cependant à émerger du faits des discordances régionales et de ses faiblesses structurelles.

Les révoltes dans les pays arabes ont longuement été évoquées, ainsi que l’attitude de la France face aux événements. Evoquant la Tunisie, Denis Pietton n’hésite pas à dire que « ce qui s’est passé est absolument extraordinaire ! ». Il parle de « maladresses » concernant les affaires dans lesquelles trempent certains de nos ministres et autres polémiques de tout poil (si vous n’avez pas été en voyage sur Mars ces dernières semaines, vous devinez à quoi je fais allusion). « Nous devons avoir une attitude d’écoute et non pas une attitude prescriptive », ajoute-t-il. Autrement dit (et c’est mon interprétation je précise), l’ingérence, ça va un moment. « Les Tunisiens ont fait leur révolution tous seuls, pareil en Egypte. Les pays européens ont été, et doivent rester spectateurs (…) l’Union Européenne doit se montrer à la hauteur ».

Denis Pietton a aussi évoqué le métier de diplomate : il a réagi à la lettre du Groupe Marly, ces diplomates qui ont publié une tribune dans le Monde pour dénoncer l’extinction de la voix de la France à l’étranger. Il a expliqué que le politique décide de la politique étrangère quand le diplomate « fait de la diplomatie : on met en œuvre la politique décidé par le gouvernement». Si le métier comporte sa part de « frustrations », il est nécessaire « d’informer », explique-t-il, pour ne pas dire « on ne savait pas » : « Je crois que les diplomates font leur boulot. Il faut écrire ce que l’on voit. On a toujours une petite marge de manœuvre bien que l’on doive respecter un cadre politique, une autorité : mais on peut toujours donner de soi-même ».

Pour lui, “ce genre de lettres a toujours existé”. Il n’empêche, un autre groupe, qui se nomme Albert Camus (question qui n’a rien à voir : il y a un café Albert Camus à Paris ?) vient de publier une tribune, dans Libération cette fois-ci. Malaise au Quai d’Orsay

(Je n’ai rien publié depuis un moment, je me rattrape avec 3 comptes-rendus de conférences, et  des photos)

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