Après la chute du gouvernement, le Liban plongé dans l’incertitude

Le Liban a rejoint mercredi après-midi le clan des pays sans gouvernement. Onze ministres ont démissionné – dix  de l’opposition, “8 mars”, constituée par les partis chiites Hezbollah et Amal et le parti chrétien Courant Patriotique Libre (CPL) du général Aoun, et un “neutre”- entraînant la chute du gouvernement d’union nationale. Le même jour, Saad Hariri s’est entretenu à Washington avec le président Obama. La chute du gouvernement intervient alors que les médiations syro-saoudiennes pour tenter de trouver un compromis entre les deux blocs ont échoué en début de semaine.

Le 8 mars attendait du Premier ministre qu’il prenne ses distances avec le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), qui doit faire la lumière sur l’assassinat de Rafic Hariri en février 2005. Devant son refus de céder, l’opposition a choisi de faire tomber le gouvernement, faisant entrer le Liban dans une grave crise politique et institutionnelle. Le ministre de l ‘énergie Gibran Bassil, membre du CPL, a déclaré que Saad Hariri n’avait pas accepté la demande du 8 mars de réunir en urgence le Conseil des ministres afin de discuter du sort du TSL. Le ministre de l’environnement Mohammed Rahhal, membre du Courant du Futur, estime quant à lui que cette démission ne vise qu’à mettre la pression sur le Premier ministre afin qu’il abandonne le tribunal.

L’acte d’accusation du TSL, dont la parution serait prévue fin janvier, pourrait impliquer des membres du Hezbollah, selon des fuites parues dans la presse. Depuis, le tribunal est au centre des tensions entre les deux blocs, le 8 mars, et le 14 mars composé du Courant du Futur de Saad Hariri et des partis chrétiens. Le Hezbollah appelle au boycott du TSL: le “Parti de Dieu” accuse le tribunal d’être manipulé par les Américains (et les Occidentaux en général, Israéliens compris) et de reposer sur de faux témoignages.

Le pays se trouvait dans une véritable impasse politique: le conseil des ministres ne s’était pas réuni depuis des semaines, et les affaires courantes étaient laissées en suspens.

Le 8 Mars envoie aussi un signal à l’administration américaine en se retirant du gouvernement alors que le Premier Ministre se trouvait sur le sol américain: pas question pour eux que le gouvernement se laisse donner des ordres par Washington. Saad Hariri doit par ailleurs rencontrer le président Sarkozy demain à Paris.

Le pays va-t-il s’embraser? Rien n’est moins sûr. Pour le moment, la crise se situe à un niveau politique. “Nous entrons maintenant dans une période de latence institutionnelle. Il risque d’y avoir des tensions politiques, et peut-être quelques dérapages. Mais aucun des partis en présence ne souhaitent en passer par la violence. Ils veulent à tout prix rester sur le terrain politique.” explique Joseph Bahout, politologue spécialiste de la région, sur Lexpress.fr. Personne n’a en effet intérêt à attaquer le Hezbollah, ou à tenter de le désarmer, au vue de sa puissance militaire.

Pour le moment, seule une grande incertitude domine, comme le souligne le quotidien arabophone Al-Akhbar, qui titrait “L’entrée dans l’inconnu”.  Il n’y aura pas de nouveau gouvernement avant un bon bout de temps les paris sont ouverts.

Pour plus d’infos, je vous recommande ces articles:

Le Liban face à une grave crise politique, sur Lemonde.fr

Hezbollah and allies topple Lebanese government, sur BBC World News

Le Hezbollah fait tomber le gouvernement libanais, sur Lefigaro.fr

Hezbollah forces collapse of Lebanese government, sur The New York Times

Advertisements

About margaux bergey

journaliste
This entry was posted in Uncategorized and tagged , , , , , . Bookmark the permalink.

4 Responses to Après la chute du gouvernement, le Liban plongé dans l’incertitude

  1. moi says:

    Article plaisant à lire qui reflète la réalité de ce qu’il se passe. Nous sommes loin des clichés dans lesquelles la presse généraliste tombe souvent

  2. Pingback: Un Liban dit « non » aux armes du Hezbollah | Libanaiseries

  3. Pingback: L’acte d’accusation du TSL remis à Beyrouth | Libanaiseries

  4. Pingback: Mosquées d’ailleurs : Deir el Qamar, montagnes du Chouf au Liban | Les chantiers d'Allah

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s