Cachez ce sein, blablabla

Et  Jackie Chamoun posa à moitié nue dans la neige, pour un calendrier. Pourquoi l’a-t’elle fait, là n’est pas la question. Ce n’est ni mon problème ni le tien, elle fait ce qu’elle veut de son corps et de son image, comme toi et comme moi.

C’était en 2011. En 2014, Jackie Chamoun porte les couleurs du Liban aux JO de Sotchi . Ils ne sont que trois athlètes libanais à représenter le Cèdre, alors go go go guys, montrez-leur que ce pays grand comme un département français est capable d’avoir un peu la win.

Mais non. Voilà que des médias libanais, dont l’incompétence n’a d’égale que la soumission au conservatisme de leurs sponsors locaux comme étrangers, ont extirpé des tréfonds de l’internet la vidéo making-of de la séance photo de Jackie où on la voit seins nus, et ont hurlé au scandale.

Voilà donc un cortège de tartuffes et de moralisateurs du dimanche venant étaler leur hypocrite pudibonderie sur la place publique. UNE PAIRE DE LOCHES A LA TELE, OH MANDIEU. Nos excités du”djendeur” en France n’auraient pas fait mieux.

Et puis le ministre de la jeunesse et des sports, Faysal Karamé, qui devant la possible nomination-insh’allah d’un nouveau gouvernement-si-Dieu-et-Michel-Aoun-le-veuillent, s’est dit qu’il serait peut-être temps de se sortir les doigts et de montrer qu’il n’a pas passé plusieurs années à empocher l’argent du contribuable à rien foutre. En ouvrant une enquête sur le délit de tétons dénudés car cela “porte atteinte à la réputation du Liban”.

Oui, vous avez bien lu. “Porte atteinte à la réputation du Liban”. Je déconne pas. Je pleure.

Il faut aussi qu’on lui explique l’effet Streisand, car depuis son coup d’éclat, tout le monde ne parle quasiment plus que de ça.

Roula Yacoub et Manal al Assi sont décédées sous les coups de leurs maris. Aucun ministre n’a proposé d’ouvrir une enquête. Voilà, le Liban, c’est ce pays où des maris assassins sont relâchés dans la nature mais où une skieuse qui pose à poil fait l’objet d’une enquête. On voit les priorités

Cher monsieur le ministre, sache que ce qui porte atteinte à la réputation du pays, c’est ça. Les maris assassins relâchés dans nature.

Et c’est aussi les attentats à la voiture piégée (principal facteur de la non-venue de la plupart de mes potes. Je ne te remercie pas, et eux non plus), la corruption, le clientélisme, la wasta généralisée, l’incompétence érigée en style de vie, le massacre de l’environnement naturel, culturel, urbain, l’assassinat du patrimoine, de la mémoire et de l’Histoire, INTERNET BORDEL , les abrutis en Ferrari qui ne respectent rien sur la route, les jeunes compétents qui se font la malle à cause du chômage, de l’instabilité, du manque de perspectives, et la bande d’incompétents qui gouverne ce pays depuis bien trop longtemps.

Alors monsieur le ministre, tu es prié de la fermer. Saches que les photos de Jackie Chamoun font bien plus pour la réputation du pays que tes gesticulations et que la farce à laquelle tu participes.

Internet ♥

Heureusement la magie de l’internet a opéré et quelques petits malins ont lancé plusieurs opérations en soutien à Jackie Chamoun, où des gens (et des marques) enlèvent le haut voire le bas en soutien à la skieuse :

#StripForJackie

I am Not Nacked

Boobs 4 Lebanon 

(Il y a aussi plein d’autres gens qui la soutiennent sans se mettre tout nu)

ça va en faire des enquêtes à ouvrir

Image

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A Arsal au Liban, 30 000 Syriens en détresse

Alors que l’armée syrienne a repris la ville de Qara, située dans la région de Qalamoun mi-novembre, les habitants ont fui vers la localité d’Arsal au Liban. Plus de 12 000 personnes ont franchi la frontière en une semaine. La ville manque de moyens pour les accueillir dans des conditions décentes alors que l’hiver s’installe. Pro-opposition, la ville est entourée par des villages qui soutiennent le régime d’Assad, et sert de base arrière aux rebelles syriens. Si l’armée régulière reprend la région, Arsal risque de se retrouver isolée. Reportage.

Arsal
La ville de Arsal, située dans les montagnes de l’anti-Liban à 1500 mètres d’altitude, comptait 35000 habitants avant la guerre en Syrie. Composée majoritairement de sunnites, elle sert de base arrière aux opposants syriens. Elle est entourée de villages à majorité chiites qui soutiennent le régime de Bashar el Assad et où le Hezbollah est très présent. -©TV5MONDE/Margaux Bergey

A l’intérieur du hangar vétuste, il fait un froid glacial. Dans la pénombre s’entassent une soixantaine de familles, tout juste arrivées de Qara, une ville de la région de Qalamoun. Ils ont fui les bombardements de l’aviation syrienne. Des enfants crasseux courent au milieu des femmes. Emmitouflées dans leurs longs manteaux, elles racontent toutes la même histoire : les avertissements de l’armée, les bombes qui pleuvent, la fuite précipitée vers Arsal. Il n’y a pas d’eau ni d’électricité et certains enfants vont presque pieds nus alors que la température ne dépasse pas 5 degrés. Arsal est à 1 500 mètres d’altitude dans la chaîne de montagnes de l’anti-Liban qui surplombe la plaine de la Békaa. A Qara, ils ont entendu les rockets tomber « pour faire peur aux gens et les forcer à fuir », racontent les femmes. « Le régime vise tout le monde, il attaque et on ne sait pas ce qu’il veut ». Encore sous le choc, elles ont du mal à réaliser ce qui leur arrive. « C’est très dur ce qu’il se passe, pour nous, pour les enfants et les personnes âgées ». Le repas du soir sera composé de pain et de conserves de fèves, donnés par une ONG locale et vaguement réchauffées sur de petits réchauds à gaz. Plus loin, des groupes d’hommes observent avec méfiance la venue de journalistes. Seul les femmes accepteront de raconter leur périple.

Dans les locaux de l’ONG libanaise Salam, Jihane et Farah (les noms ont été changés, ndlr) se reposent enfin. Elles sont arrivées à Arsal vendredi 15 novembre. Epuisées, elles ont encore du mal à raconter ce qui leur arrive. L’histoire est la même que pour les femmes du hangar : les bombardements, puis la fuite. Jihane et Farah n’ont pu emporter que les vêtements qu’elles portaient.  « Quand l’armée rentre dans une ville, elle vole dans les maisons, elle nous prend notre argent », raconte Jihane.

Depuis le 15 novembre, l’armée syrienne appuyée par le Hezbollah libanais a lancé une offensive sur la région de Qalamoun, région frontalière au Liban entre Homs et Damas. Le régime veut reprendre cette zone contrôlée par l’opposition. La ville de Qara a été pilonnée par l’aviation, les 20 000 habitants et 30 000 déplacés internes ont fui. Les réfugiés rencontrés à Arsal tout comme les autorités locales craignent que les autres villes de Qalamoun soient attaquées par le régime.

La bataille de Qara aurait pu ne pas avoir lieu. Vendredi 15 novembre, les habitants avaient conclu un accord avec l’armée syrienne : elle hisserait son drapeau et paradrait dans la ville pour montrer qu’elle avait gagné, et épargnerait habitants et habitation. « Mais l’armée a ensuite exigé plus, notamment que les habitants livrent les personnes qu’elle voulait arrêter » explique Ahmad Fliti, l’adjoint au maire de Arsal. Les habitants ont refusé, l’armée a alors attaqué.

La suite sur TV5 Monde – publié le 26 novembre 2013

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L’ambassade d’Iran à Beyrouth visée par un attentat – novembre 2013

Mieux vaut tard que jamais : les productions du 19 novembre 

  • Le Nouvel Observateur 

Attentat à Beyrouth : “Nous devons leur montrer que nous n’avons pas peur”

Deux bombes ont explosé devant l’ambassade d’Iran, dans la banlieue sud de la capitale libanaise. Un quartier aisé jusque là épargné. De notre correspondante.

Le 19 novembre 2013 un attentat à la voiture piégée s'est produit devant l'ambassade d'Iran à Beyrouth, au Liban. Au moins dix morts, dont le conseiller culturel à l'ambassade. (Bilal Jawich/AFP)

Le 19 novembre 2013 un attentat à la voiture piégée s’est produit devant l’ambassade d’Iran à Beyrouth, au Liban. Au moins dix morts, dont le conseiller culturel à l’ambassade. (Bilal Jawich/AFP)

Ce quartier cossu de la banlieue sud est réputé calme. Les immeubles sont flambants neufs et les appartements se vendent entre 800.000 et 1 million de dollars américains. Même en 2006, Jnah n’avait pas été détruit par les bombardements israéliens lors de la guerre qui avait opposé l’Etat hébreu au Hezbollah. Le reste de la banlieue sud avait été rasé par les bombes.

La suite sur Le Nouvel Obs 

  • TF1 – LCI 

Le sujet du 20h sur TF1 – 1er sonore et images entre 1:04 à 1:15

http://videos.tf1.fr/jt-20h/2013/attentat-meurtrier-contre-l-ambassade-d-iran-a-beyrouth-8315307.html

Un des téléphones pour LCI

Attentat Beyrouth novembre 2013

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« Islam contre Islam » : quand Spécial Investigation aurait mieux fait d’investiguer

 (Avec l’aide précieuse d’Antonin Grégoire)

Je me suis farcie le documentaire de Spécial Investigation du lundi 2 décembre, sur la « guerre » chiites contre sunnites. Cette émission m’a habitué à des reportages de qualité. L’édition de lundi était une catastrophe journalistique sur le fond. Le réalisateur a oublié une chose : faire de l’investigation. Il s’est contenté de filmer les éléments les plus extrêmes pour en faire une généralité, sans une once de contexte et d’explication valables. En clair, vendre des Arabes qui se tapent dessus pour des querelles médiévales. La peur de l’Islam c’est pour les ploucs so 2013, aujourd’hui on fait dans la division de l’Islam et on colle « investigation » dessus, c’est ça la vraie nouvelle tendance 2014. 

 Dès le début, ça commence mal. La première séquence est consacrée à Tripoli au Liban où deux quartiers s’affrontent régulièrement : Bab el Tabbeneh, en majorité sunnite, qui soutient les rebelles en Syrie, face à Jabal Mohsen, en majorité alaouite, soutien du régime d’Assad.

Cet effet s’appelle la métonymie : lorsqu’un truc est majoritairement vert – comme l’Islam tiens-, on le nomme vert. Bien évidemment il n’existe pas au Liban -ni au Moyen-Orient en général- de quartiers « alaouites » ou « sunnites » mais des zones où ces confessions sont majoritaires. On peut alors parler de quartiers « majoritairement alaouites » mais cela semble être trop pour le journaliste qui trouve que quand même c’est déjà assez d’investigation que de prendre du jaune chiite et du vert sunnite pour peindre une région qui d’habitude est en vert musulman. Attendez, on a grave fait un effort, on est en train de vous montrer qu’il y a DEUX branches dans l’Islam. 

Dans cette séquence, les alaouites sont qualifiés de « chiites ». Oui mais non. L’alaouisme est une branche très très dérivée du chiisme ,et ne sont pas considérés comme des musulmans par certains sunnites. Comme les druzes, seuls les initiés ont accès la doctrine mystique. Premier amalgame donc.

Petite pirouette cependant, datant de l’histoire contemporaine : en Syrie, les alaouites sont en fait maintenant considérés comme des musulmans depuis que papa Assad – Hafez – a demandé et obtenu de l’imam Moussa Sadr (celui qui a disparu en Libye en 1978)  une fatwa en 1973 pour créer l’axe chiite et y rattacher son pouvoir mafieux. Comme seul un musulman pouvait gouverner la Syrie, hop, une fatwa pour dire que sa confession est musulmane, et zou, c’est passé comme un dromadaire dans le désert (pardon, cliché facile).

 Ensuite, aucun mot sur le fait que Bab el Tabbeneh et Jabal Mohsen s’affrontent depuis la guerre civile libanaise, qui s’est terminée en 1990. Aucun mot sur le fait que ces deux quartiers sont les plus miséreux du Liban, et que les combattants ne sont que de la chair à canon de miliciens locaux soutenus et financés par des partis politiques, voire des Etats de la région, rivaux – il est par exemple de notoriété publique que le régime syrien donne de l’argent au Parti Arabe Démocratique, dominant à Jabal Mohsen. Vous n’en entendrez pas parler dans cette séquence.

 La suite du documentaire est du même acabit : désinformation et amalgames dominent.

Le réalisateur explique la divergence chiite / sunnite, qui remonte aux premiers temps de l’Islam, au moment de la succession du Prophète Mohammed. Les sunnites suivent la « sunna », la tradition, et les chiites sont les partisans d’Ali, gendre et cousin du Prophète qui contestait le pouvoir du premier calife qui avait succédé à Mohammed. Les divisions sont plus politiques que religieuses, car dans la pratique, ces deux branches de l’islam sont très proches et ont toujours coexisté. A l’université d’al Azhar au Caire, centre de l’étude du sunnisme le plus important, le chiisme est enseigné en tant qu’école de pensée à part entière. La mosquée des Omeyyades à Damas abritent un sanctuaire chiite – et un sanctuaire dédié à saint Jean-Baptiste. Dommage pour le confessionalisme.  

La révolution Abbasside – sunnite- reposait sur une administration chiite. Mais il est plus facile d’expliquer que ces obscurs attardés musulmans se battent pour des raisons qui remontent à 1400 ans plutôt que de faire une analyse et une enquête sur les raisons politiques et sociales très actuelles qui poussent des humains à se battre avec d’autres humains. Est-ce que le prochain Spécial Investigation sera une enquête exclusive sur comment la réforme de l’école de Charlemagne est responsable des résultats du PISA ?

Et puis on part pour l’Irak, avec un passage à Bagdad, Nadjaf – ville sainte du chiisme – et Falloudja, à majorité sunnite. Difficile d’évoquer Falloudja sans parler de la bataille éponyme, célèbre, sanglante et déclenchée par des compagnie militaires privées (coucou Blackwater). Mais le documentaire réussit néanmoins ce tour de force. Mabrouk. On nous montre des images de chiites qui n’aiment pas les sunnites et de sunnites qui n’aiment pas les chiites, et le responsable dans tout ça est pour le réalisateur Saddam Hussein. Pas un mot sur l’invasion américaine qui a détruit les institutions du pays, dont l’armée et la police, a imposé Nouri al Maliki à la tête du pays, a créé des milices confessionnelles pour combattre leurs opposants, milices qui n’ont faite qu’attiser les tensions entre les deux communautés, qui malgré la dictature de Saddam Hussein, cohabitaient. Non, vous n’en entendrez jamais parler dans la voix off du journaliste. Le seul moment où les Américains sont mentionnés est par un des protagonistes du reportage, un instituteur sunnite marié à une chiite.

En fait, les partisans de Saddam Hussein, en majorité des sunnites, se sont attaqués aux Américains, qui les ont alors combattu en utilisant une stratégie de contre-insurrection déjà utilisé au Viêtnam et au Salvador : armer les milices adverses, en l’occurrence des chiites ici, milices composés d’anciens opposants à Saddam. Pour foutre le bordel et créer une guerre civile confessionnelle, il n’y a pas mieux. Et pour en savoir plus, c’est sur cette excellente enquête diffusée Al Jazeera English, et coproduite par BBC Arabic et The Guardian (eux ils ont bossé) : http://www.aljazeera.com/programmes/witness/2013/09/201392103333392771.html

Vous n’entendrez pas parler non plus des manipulations des dictateurs arabes, qui ont créés et attisés les tensions confessionnelles pour mieux régner : en effet, Saddam Hussein était sunnite, or les sunnites sont minoritaires en Irak. Tout comme Bashar el Assad est alaouite, une minorité en Syrie. Non, de cela, du diviser pour mieux régner des dictateurs arabes, il ne sera jamais fait mention. Là vous commencez à penser qu’on vous prend sévèrement pour des jambons.

Quant à l’Iran, on vous explique que c’est la première fois dans l’Histoire que les chiites arrivent au pouvoir , avec Khomeini en 1979. Sauf que les Safavides ont régné sur l’empire Perse de 1501 à 1736. Ils étaient issus d’un ordre religieux soufi et leur premier souverain s’est converti au chiisme duodécimain. Et les Fatimides. Hein, qui ça ? Ouais, les Fatimides, des types qui ont régné sur l’Afrique du Nord, la Sicile, et un bout du Moyen-Orient, à partir de l’Egypte entre 969 et 1171. Ils étaient chiites les mecs. Et le Shah Mohammed Reza, de la dynastie des Pahlavi? Il était quoi le Shah ? (le premier qui fait « miaou » est prié de sortir). Une recherche Wikipedia m’a suffit à démonter cette affirmation. Quitte à s’amuser à remonter aux premiers temps de l’islam on peut aussi évoquer les Bouyyides, les Kara Koyunlu, les Ilkhanides (qui hésitent entre bouddisme, christianisme et Islam). 

Et ce n’est pas terminé.

 On nous emmène ensuite en Syrie, à Alep sous les combats. Là non plus, vous n’aurez aucune explication concernant la montée de la haine confessionnelle, sur les manipulations du régime qui par exemple a relâché des islamistes de ses prisons dans le courant de l’année 2011, mais garde les modérés bien au frais sous la torture, sur l’abandon par l’Occident de l’opposition modérée (ASL et compagnie), sur la répression du régime … On vous parle juste de « résistance sunnite » face au régime. Pas un mot sur le fait que certains alaouites et certains chrétiens sont avec l’opposition. Pas un mot sur le fait que la révolution en Syrie a bien évidemment changé de visage en deux ans et demi. Pas un mot sur le fait que le régime encercle et affame des quartiers et est bien décidé à les massacrer, et qu’il épargne de ses bombardements les djihadistes les plus radicaux. Non, juste quelques images de combattants radicaux que l’on vous présente comme une généralité.

A ce stade là, j’ai sorti les kleenex.

On passe chez les voisins, au Liban. Quand le réalisateur quitte Beyrouth pour le sud, il parle pour cette région qui fait bien un bon tiers du pays comme une « terre chiite ». Les druzes, les chrétiens et les sunnites qui y vivent apprécieront. On arrive à Nabatiyeh, au moment des célébrations de l’Ashoura, qui commémore le martyr de Hussein à Karbala, une des fêtes principales des chiites. Le dernier jour, les fidèles se remémorent son décès en se scarifiant (ça pisse le sang donc). Sauf que cette pratique n’est plus en vogue, et vous ne la verrez qu’à Nabatiyeh, et encore, pas par tout le monde. En banlieue sud de Beyrouth, pas une goutte de sang. Le Hezbollah a interdit cette pratique et incite ses partisans à aller donner leur sang dans les hôpitaux – ce que beaucoup font. Les seuls à le faire sont des partisans de l’autre parti chiite libanais, Amal, et des habitants lambda. Mais de toute cela, vous n’entendrez pas parler. Il faut dire qu’assimiler tous les chiites au Hezbollah est tellement plus simple à raconter pour vos cerveaux de téléspectateurs incultes.

Bien sûr, vous ne saurez rien sur le fait que le Hezbollah a été créé par l’Iran en 1982 – au moment de l’invasion du Liban par Israël – pour contrer les sanctions occidentales sur le régime des mollahs, et que le Hezbollah a été son bras armé au Liban. Rien sur le fait que l’Iran n’intervient jamais directement dans les conflits de la région, mais toujours par parti(e)s interposé(e)s. Faudrait pas trop réfléchir non plus.

Hassan Nasrallah est présenté comme un vulgaire prédicateur terré dans son bunker, qui n’apparait jamais lors des meetings du parti. Dommage, il est venu en chair et en os deux fois lors de discours pendant les fêtes de l’Ashoura cette année.

Courage, ce n’est pas fini.

Le seul opposant au Hezbollah évoqué dans le film est le cheikh sunnite radical, Ahmad al Assir. Il est décrit comme rassembleur de la communauté sunnite au Liban. La bonne blague. Vous n’apprendrez pas que les sunnites étaient en majorité derrière le Courant du Futur des Hariri – coalition du 14 Mars – mais que depuis le départ de Saad en 2011, des éléments plus radicaux voire salafistes ont réussi à gagner du pouvoir face à l’absence d’un leader sunnite modéré sur le sol libanais. Le réalisateur mentionne les événements de fin juin, quand l’armée et les partisans d’Assir se sont battus à mort à Saïda. Pour lui, c’est l’armée qui a attaqué. Sauf que les gus d’Assir avait d’abord attaqué l’armée, qui a décidé de mater le mouvement. Mais cela n’est pas précisé. Faire deux phrases de commentaire ? Nan trop compliqué, faudrait pas rendre nos téléspectateurs intelligents non plus.

En parlant de la montée du salafisme, vous n’entendrez jamais les mots « Arabie Saoudite », « wahhabisme » et « pétro-dollars ». Or quand on s’intéresse un peu à la région, on comprend vite l’influence du royaume saoudien dans la montée de l’extrêmisme sunnite, à coups de dollars qui sentent un peu l’essence.

Enfin, on termine à Gaza, où le Hamas est majoritaire : après avoir été allié avec Mahmoud Ahmadinejad, le parti s’est allié avec le Qatar. Pour évoquer cette alliance, on nous présente seulement un prédicateur qatari extrémiste, le cheikh Qaradawi, qui n’aime pas beaucoup les juifs, ni les chiites d’ailleurs. Mais le blocus de Gaza par Israël passe à la trappe. Faudrait pas trop donner d’éléments de contexte non plus. Ni nous montrer des gens normaux qui tentent de survivre dans cette prison à ciel ouvert et dont le principal souci est de se nourrir, avoir de l’eau buvable, se soigner, envoyer leurs enfants à l’école sans qu’ils ne se fassent tuer, et tenter de trouver un job.

Spécial Investigation nous a donc offert 52 minutes superficielles flirtant avec la désinformation et la mauvaise foi intellectuelle. Mais c’est tellement plus facile de filmer des tarés le couteau entre les dents que de réfléchir et d’expliquer un minimum les causes de ces tensions croissantes entre chiites et sunnites.

Pour vous pondre ce billet, cela m’a pris une heure (sans les corrections d’Antonin, les recherches de liens et les vérifications d’informations, les corrections des fautes d’orthographe et de style). UNE HEURE. J’ai écrit ce billet non pas après quelques clics sur wikipedia (même s’il y en a eu, mais c’est pour les liens), mais parce que cela va faire un an et 9 mois que je suis physiquement dans la région, plus de trois ans que je m’y intéresse, parce que j’ai mes contacts, je bosse mes enquêtes, je vais sur le terrain, je rencontre du monde.

Et c’est toute la différence avec des gens qu’on parachute de Paris pour une semaine, bouclent leur reportage en 4 tournages, et masquent leur manque cruel de connaissances, voire de professionnalisme, sous le grand tapis « chiites vs sunnites ». Quand on veut diffuser un 52 minutes sur ce sujet loin d’être léger, on ne prend pas des gens qui n’y connaissent rien en les balançant sur zone le temps d’un tournage.

Parce que cela tue la qualité de l’information, prend le téléspectateur pour une truffe, et dénigre le travail de fond effectué par tous les journalistes sur place.

Et c’est ça aussi qui fait mal.

 

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Tripoli : combats entre les quartiers de Jabal Mohsen et Bab el Tabbeneh – Reportage à Bab el Tabbeneh

Reportage diffusé le dimanche 26 mai 2013 sur TV5 Monde

Les affrontements à Tripoli ont commencé une semaine avant le tournage de ce reportage, en même temps que le début de l’assaut sur la ville de Qoussair en Syrie. Au total, les combats ont fait plus de 30 morts et plus de 200 blessés. 

Les violences sont  concentrées entre les quartiers de Jabel Mohsen, alaouite, pro al Assad, et de Bab El Tabbeneh, sunnite, anti al Assad. Les affrontements entre ces deux quartiers remontent aux années 80, pendant la guerre civile, et se sont intensifiés depuis le début de la guerre en Syrie en 2011.

Reportage à Bab el Tabbeneh au lendemain du discours de Hassan Nasrallah, qui a confirmé le soutien du Hezbollah au régime syrien. Dans ce discours, Nasrallah avait promis à ses partisans la “victoire” à Qussair. Qussair a été reprise par l’armée syrienne et le Hezbollah le 5 juin, après deux semaines de combats.

Rédacteurs : AR, Rami Aysha

JRI : Moi

Monteur: Mohammad Hannoun

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A Zaatari, la misère des exilés syriens – TV5 Monde

(Voici mon papier sur le camp de Zaatari, publié sur le site de TV5 Monde) 

Le camp de Zaatari accueille plus de 120 000 réfugiés syriens. Les familles s’entassent dans des tentes et des « caravanes », et survivent grâce à l’aide internationale. Les maladies se propagent, l’eau se fait de plus en plus rare alors que les températures atteignent 40 degrés dans la journée. A la dureté des conditions de vie s’ajoutent les traumatismes et l’épuisement psychologique. Reportage. 

Camp de Zaatari

Le camp de Zaatari ouvert en août 2012 accueille désormais plus de 120 000 réfugiés, en majorité des femmes et des enfants. La plupart viennent de la région de Deraa. En moyenne 2000 personnes arrivent chaque jour au camp.

« Plutôt mourir en Syrie que de vivre ici » s’est dit Oum Hamza (les noms ont été changés, pour des raisons de sécurité – ndlr) la première fois qu’elle a mis les pieds à Zaatari au mois d’Avril, avec son mari et ses cinq enfants âgés de 2 à 15 ans. Elle dissimule son visage derrière un voile noir orné de fleurs rouges pour les photos, par peur d’être identifiée.

Après une traversée éprouvante, les Syriens survivent avec l’angoisse accrochée aux tripes. Ils ont peur des représailles sur leurs proches restés en Syrie, et sont traumatisés par l’horreur de la guerre qui se déroule à quelques kilomètres du camp. Oum Hamza accepte de parler, mais ne veut pas que l’on dévoile son identité et son visage, pour protéger sa famille. Elle et sa famille ont fui les bombardements dans leur village situé dans la région de Deraa.

Le camp est géré par le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies. Chaque famille reçoit une tente, ou une caravane, sorte de mobile-home qui doivent peu à peu remplacer les tentes. Zaatari abrite désormais plus de 120 000 réfugiés , devenant la cinquième « ville » de Jordanie. La région est aride. Le camp s’étend à perte de vue dans un nuage permanent de poussière. Les enfants cavalent au milieu des cailloux pour faire voler les cerfs-volants.

La suite à lire sur le site de TV5 

Et les photos à découvrir sur Citizenside 

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A Saïda, le cheikh salafiste al Assir se bat contre l’armée

De dimanche à lundi soir, des combats ont opposé l’armée libanaise et les partisans du cheikh al Assir dans cette ville au sud de Beyrouth. La guerre en Syrie s’étend chaque jour un peu plus et les tensions confessionnelles s’exacerbent entre chiites et sunnites.

Les partisans du cheikh salafiste Ahmad al Assir ont attaqué un poste de contrôle « sans raison » dimanche en début d’après-midi, d’après l’armée libanaise. Une autre source sécuritaire a déclaré que les heurts avaient commencé après que des partisans du cheikh ont été arrêtés à un barrage.

16 soldats de l’armée ont été tués (à cette heure), et une centaine de personnes ont été blessées. D’après des sources sécuritaires, une vingtaine de partisans d’Assir auraient été tués, mais le bilan pourrait être plus élevé. L’armée a repris le contrôle de la mosquée Bilal Ben Rabah, qui sert de quartier général au cheikh.

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